LA VOLONTE

LA VOLONTE

07-12-2014

Lorsque l’on parle de volonté, nous pouvons aussi évoquer une grande envie, une grande motivation, une excitation tenue dans le temps, une persévérance, une force sans faille. Il y a aussi sous-jacent la notion de désir lié à l’excitation. Nous pouvons aussi parler des contraires, comme le manque de volonté, le manque de désir, les empêchements à la  volonté, les conflits de volonté que le psychothérapeute, le gestalt-thérapeute, l’hypnothérapeute et autres praticiens en psychothérapie rencontrent lors dans une séance de thérapie.

Roberto Assagioli, psychiatre italien, créateur de la Psychosynthèse et auteur de la volonté libératrice parle de l’expérience existentielle de la volonté de la façon suivante (ASSAGIOLI ROBERTO, La Volonté Libératrice. Le Hierarch 1989) :

« L’expérience de la volonté constitue à la fois une base solide et un puissant stimulant pour entreprendre la tâche exigeante mais combien gratifiante de son éducation. Cette expérience se fait en trois phases : la première consiste à reconnaître que la volonté existe ; la deuxième, à réaliser que nous avons une volonté ; la troisième phase de cette découverte, qui la rend complète et efficace, à prendre conscience que nous sommes une volonté (ce qui est différent du fait « d’avoir » une volonté) ».

La volonté est indissociablement liée à l’action, à l’agir. Joëlle Proust pose d’emblée une question cruciale, sommes-nous libre d’agir ? Sommes-nous contraints ? Avec en toile de fond le vieux débat philosophique entre un déterminisme implacable et un libre arbitre, fruit d’une volonté en action.

A l’instar d’Otto Rank (RANK OTTO, Volonté et psychothérapie – analyse du processus thérapeutique dans son rapport avec la relation analytique. Collection science de l’homme, Payot 1976. Edition originale sous le titre, WILL THERAPY 1976,  la Gestalt-thérapie revendique l’aspect créateur de l’homme, maître de sa vie et de son existence.

Le manque de volonté que j’évoque plus haut, pris sous l’angle de la position intra psychique, peut être considéré comme un blocage, un empêchement à l’action. Mais il peut aussi justifier une position de victime évoluant dans un environnement hostile qui est subit.

Certains patients disent avoir vécu avec l’idée qu’ils manquaient de volonté pour accomplir ceci ou cela, que c’était comme ça, qu’il n’y avait pas grand-chose à faire. Jusqu’au moment et ce grâce une démarche auprès d’un  Gestalt-thérapeute, d’un psychothérapeute, d’un hypno thérapeute et auprès d’autres praticien en psycho thérapie ou ils s’aperçoivent  qu’ils ont accepté cet état de fait en loyauté avec leur tradition familiale, effectivement chez nous, on ne fait pas de vague, la vie est dure, il faut accepter son sort….Robert Misrahi (MISRAHI ROBERT, L’Enthousiasme et la Joie au Temps de l’Exaspération. Dervy Editions 2000 va dans ce sens lorsqu’ il dit :

« Et si nous parvenons à nous convaincre mutuellement que la normalité se situe sur le versant de l’existence laborieuse et triste, nous pouvons alors totalement nous déculpabiliser de notre manque chronique de joie : «  Nous n’y sommes pour rien, la vie, c’est ça ! »

Pas besoin de lutter, il n’y a qu’à subir, pas de possibilité « d’agresser son environnement pour satisfaire ses besoins ou pour affirmer sa personnalité.

 Et quelque part je me demande s’ il n’est pas plus facile « d’abandonner », de ne pas lutter et rester dans une position de victime, de préférer le malheur.  Peut-être aussi plus aisé de se considérer comme n’étant pas « responsable », une autre façon de ne pas s’engager, de ne pas s’exposer. La question que se pose est alors :

 

« Faut-il subir ou créer ? »

Victime d’un monde kafkaïen, tentaculaire, qui nous dépasse ? Jean Paul Sauzède et Daniel Grosjean   (SAUZEDE JP & GROSJEAN D, Trouver la force d’oser – 8 étapes pour faire tomber ses peurs et vivre pleinement. InterEditions 2006) parlent de trois attitudes, trois modes divergents de rapport au monde :

Subir ou créer

1) Une première voie est celle de la toute-puissance, tracée par la force physique, le pouvoir de l’argent ou la violence des mots. On est ici dans un rapport de force. C’est un mode relationnel particulièrement fréquent au sein des entreprises et qui développe un rapport dominant/dominé ou perdant/gagnant. Ce chemin m’autorise tout, à condition que ce soit ce que je veux ! Dans une de ses formes extrêmes, c’est le chemin emprunté par les dictatures.

2) Le second mode, à l’inverse, nous place dans une position basse, dépassé par le changement et inquiets de ce que l’avenir peut provoquer. Nous nous paralysons et nous sentons rejetés par une société que nous percevons comme menaçante, tentaculaire et incontrôlable. C’est le monde kafkaïen. Ici, on ne sait plus qui est acteur et auteur. Le metteur en scène devient anonyme. Le jeu se fait avec nous malgré nous. On ne sait plus qui est maître du monde et qui décide des orientations et des choix politiques locaux comme internationaux. On parle alors de consortium, d’intérêt capitaliste ou de mafia. L’intérêt gouverne. Sans pouvoir identifier qui en est le bénéficiaire, si ce ne sont « les autres ». Une puissance cachée, presque maléfique et mythique, viendrait diriger un monde dont nous serions victimes impuissantes !

3) Le troisième type de rapport au monde se vit sur un mode encore différent. Plus nous nous engageons à prendre le risque de notre liberté, plus nous nous sentons responsables et plus nous devenons autonomes et créateurs de mondes nouveaux qui se construisent. Dans cette perspective, le monde est habité par des auteurs et des acteurs. Dans ce mouvement, se sentir acteur et créateur n’est pas forcément un chemin aisé à prendre. »

Je ne peux pas passer sous silence comment le « monde  moderne » et l’entreprise envisage l’expression de la volonté. Je l’aborde ici parce qu’il a été pour moi une référence unique sans équivalence.

La compétition et le résultat sont les corollaires de la volonté. Le cadre doit être performant et pour être performant il doit faire preuve de volonté sans faille. Il n’est pas étonnant de constater que cette vision du monde entraîne suicides et stress, récemment encore dans certaines entreprises…..

Il n’est pas étonnant que cet aspect de la volonté « performante » provoque chez certaines personnes un conflit et une culpabilité surtout lorsqu’ils ne prennent  pas en compte leur besoin de volonté « différente ». Les introjects sociétaux, les loyautés familiales constituent un frein énorme à l’expression d’une volonté plus « particulière » et « personnelle ».