LA FEMME AU VISAGE DE CIRE

LA FEMME AU VISAGE DE CIRE

07-12-2014

Les difficultés rencontrées lors d'un cheminement en psychothérapie ou en parcours spirituel peuvent être très difficiles pour une personne qui consulte. Elles peuvent être reconnues et conscientisées comme une propulsion pour un dépassement salvateur. Mais comment reconnaitre en tant que telle une dépression, des angoisses, des peurs....S'il y a acceptation de cette épreuve "passagère" il peut alors y avoir conscientisation et acceptation. N'est-ce pas la définition de l'initiation qui apparait sur un chemin de vie ? Lorsque la souffrance est tellement grande que les notions de limites personnelles et d'identité disparaissent, comment trouver cette Lumière, cette voix intérieure ? Que peut bien souffler cette voix intérieure au plus profond du plus grand désarroi ? Je suis là pour toi, je t'accompagne, je veille sur toi...Mais au sein d'un plus grand désespoir cette voix est-elle entendue ?
Je me souviens de cette patiente dans mon cabinet, un visage de cire...le corps trop rigide, les yeux nimbés d'un questionnement insoluble. Tout dans sa posture dénotait l'incompréhension de ce qui lui arrivait. Après avoir vécue avec ses deux jeunes enfants à l'étranger auprès d'un mari pervers narcissique, elle a décidé de fuir pour revenir en France, pour se protéger et pour sauvegarder ses enfants. Depuis c'est "l’enfer" ! Elle n'a plus d'emploi, plus d'amis, plus de famille et bientôt plus de toit. Quel est le sens de cette épreuve ? Lorsqu'elle se sent à ce point dépouiller de son confort, de son statut, de son identité et lorsque tout le monde lui tourne le dos ? Quel est le sens de cette épreuve ? Comment entendre cette douce voix ? Lorsque la souffrance est telle, lorsqu'elle est totalement absorbée par la douleur, l'incertitude, la peur ?
Avec patience et calme, elle pourra reconnaitre que les pertes, les humiliations, les renoncements, les incertitudes amèneront à la reconnaissance, à la confiance. A l'acceptation de se dépouiller de  "l'ancien" pour aller vers la nouveauté. Le passage est douloureux, difficile, inévitable. Cela peut ressembler à un rite initiatique, et je pense en fait que c'en est un. Un passage qui l'amènera vers une condition supérieure de son être, vers des capacités insoupçonnées, vers l'acceptation d'un changement inévitable.
Le changement c'est quoi ? D'abord il fait peur car il est question de laisser notre vieille identité pour adopter la nouvelle. Bien que le changement soit cyclique, il est inévitable. Si nous observons comment le végétal, animal s'adapte au changement nous pourrions nous demander si les humains sont dispensés de devoir changer. Devons-nous attendre d'être mis au pied du mur pour procéder à des changements dans nos vies ? Les saisons dans la nature décident-t-elles de changer ?
Il me semble qu'en accompagnant le changement en acceptant les rites initiatiques de notre développement psychologique ou/et spirituel, nous nous ouvrons à la connaissance et à la conscience. Et que dire du sacrifice que l'on est obligé de consentir dans ces périodes intenses ? Sacrifier ce quoi nous tenons le plus, confort, habitudes, désirs, égotisme. Mais  aussi renoncer à sa propre vie (mourir à soi-même) pour accéder à quelque chose de plus grand que soi, pour découvrir une liberté qui va au-delà des mots, une véritable transformation de conscience.
Cette personne avec ses yeux nimbés d'un questionnement insoluble avait-elle conscience de mes pensées lorsqu'elle évoquait ses difficultés ? Elle qui répète inlassablement qu'elle n'a pas méritée cette situation, que c'est injuste !
Savait-elle qu'elle allait devoir se libérer de l'ancien pour aller vers le nouveau. L'épreuve n'était-elle pas trop grande pour son petit corps ? Elle était au début d'un chemin qui l'obligeait d'une façon très abrupte à prendre conscience de ses modes habituels de pensée, sa façon ancienne d'être au monde, du cheminement qui lui reste à parcourir. Mais le sacrifice, la souffrance, la peur sont les passages obligés de la transformation.
Lorsque je pose ces questions la concernant, elles ne sont que figures de style. Je connais les réponses. Car je sais que je vais la guider vers cet espace intérieur, cette lumière intérieure qui inévitablement, un matin, à midi ou un soir lui soufflera, "je suis là pour toi, je prends soin de toi, je connais ta  souffrance et ton épreuve, fais-moi confiance, la lumière est au bout du chemin".